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  • Corinne Poupet

Paddock Paradise – Un milieu naturel près de chez vous…

Premier article d'une longue série qui aura comme fil conducteur , le respect des besoins physiologiques du cheval afin de favoriser son bien-être physique & psychologique.

Mais avant de commencer et pour savoir de quoi nous parlons, quelle est la définition de "bien-être" , selon le Larousse, en voici la définition :


« État agréable résultant de la satisfaction des besoins du corps et du calme de l’esprit »


Ce qui nous amène à notre intérêt pour le Paddock Paradise. Comme nous le verrons, il s’agit d’une approche moderne et efficace pour atteindre l’objectif du bien-être du cheval. Et d’ailleurs…. je ne sais pas pour vous, mais moi, rien que le nom me donne envie !

Mais avant de décrire et d’énumérer les bienfaits du « Paddock Paradise », revenons sur les 3 besoins fondamentaux du cheval, soit : l’alimentation en continu, le déplacement et la vie en groupe.

1- Besoin de s’alimenter en continu :

Il faut savoir que le cheval a un système digestif particulier qui se situe entre celui du ruminant & du non-ruminant . Il est programmé pour assimiler une alimentation riche en fibre. Le petit volume de son estomac (8 à 15 L) ainsi que le passage rapide des aliments dans le tube digestif l’oblige à manger continuellement mais en petite quantité. Le tableau compare l’alimentation du cheval en milieu naturel versus son alimentation en milieu domestique

« traditionnel ».

Tableau 1: Alimentation du cheval en milieu naturel vs milieu domestique.


Voici quelques exemples de pathologies et changement de comportement du cheval lorsque son besoin d’alimentation en continu n’est pas respecté:

  • La plus connue et la première cause de décès chez le cheval : la colique.

  • Une suralimentation ou nourriture trop riche en sucre peut aboutir à une fourbure, deuxième cause d’euthanasie chez le cheval.

  • L’alimentation concentrée est associée à un manque de salivation ce qui provoque l’acidité gastrique.

  • Le manque de fourrage et un trop grand apport de nourriture concentrée favorise l’apparition de stéréotypies, tel que le « tic à l’air »

  • Une heure avec l’estomac vide est source d’inconfort chez le cheval.

  • Le manque d’alimentation dû au rationnement peut engendrer des comportements agressifs chez le cheval.

  • Une étude récente à mis en évidence la disparition de certains comportements naturels (se rouler, se coucher) chez les chevaux au paddock n’ayant pas accès au foin durant la journée.

Nous arrivons au deuxième besoin fondamental du cheval :

2- Besoin de se déplacer :

En milieu naturel le cheval se déplace en groupe, en mouvement généralement lent et continu à la recherche de nourriture et d’eau.


Tableau 2: Déplacement en milieu naturel vs milieu domestique

Si on ne respecte pas ce besoin :
  • De récentes recherches ont démontré que les chevaux isolés en box, avec une alimentation mal adaptée à sa physiologie, étaient beaucoup plus à risque d’être sujet aux coliques et ulcères gastriques.

  • Le manque d’exercice lié à son confinement en box augmente le risque d’engorgement des membres, de blessures & de comportement agressif.

  • Les jeunes chevaux mis en box sont plus susceptibles de développer des comportements stéréotypiques, tel que le tic à l’ours et ce en quelques jours.

Enfin, le troisième besoin fondamental du cheval:

3- Besoin de vivre en groupe :

Le cheval est un animal social qui vit en groupe selon une hiérarchie relativement stable et évitant tant que possible tout conflit. De par son statut de proie en milieu naturel, le groupe est sa sécurité, il en va de sa survie.


Tableau 3: Sociabilisation


Quels sont les impacts d’une isolation?
  • Le manque de lien social avec ses congénères entraîne chez le cheval isolé frustration, stress et favorise l’apparition de stéréotypies. En effet, les stéréotypies sont très peu observés chez les chevaux vivant en groupe & inexistants chez les chevaux vivant en milieu naturel.

  • Un cheval isolé démontre plus d’agressivité envers ses congénères et les personnes qui le manipulent (entraineur, palefrenier, personnel de santé...).

  • Un état de stress et de mal-être entraîne une baisse de performance, d’apprentissage, d’attention et voire même baisse de la fertilité chez certaines poulinières.

On vient de résumer des impacts négatifs sur le bien-être du cheval lorsque sa vie domestique est dans l’incapacité de répondre à ses besoins essentiels. Il existe toutefois une option intéressante : le Paddock Paradise..

  • En quoi ce concept d’environnement peut-il faire une différence sur le bien-être du cheval?

  • D’où provient-il?

  • Quels en sont les principes?

  • Comment s’organise-t-il?

  • Quels en sont les avantages et les inconvénients?

Origine

Le nom et le concept de « Paddock Paradise » (ou PP plus loin dans ce texte) sont le résultat des recherches qu’entrepris Jaime Jackson en étudiant durant 4 années les déplacements des chevaux sauvages dans certaines régions des États-Unis. En tant que maréchal ferrant, sa mission initiale était d’étudier les sabots des chevaux sauvages. Toutefois, au fil de ses observations, c’est tout un mode de vie qu’il a découvert et qui lui fit réaliser que l’environnement du cheval domestique était très souvent à l’opposé de celui de son congénère vivant en milieu naturel. Le concept de « Paddock Paradise » était né.

Les principes du Paddock Paradise
  • Le « Paddock Paradise » vise à procurer une vie proche du milieu naturel, mais dans un environnement domestique, en respectant ces 3 principes fondamentaux nécessaires aux bien-être du cheval:

  • Pouvoir s’alimenter en continu avec une alimentation adaptée à son système digestif

  • Permettre au cheval de se déplacer en continu sur des chemins diversifiés (sable, gravier, terre, herbe...). Favorise un mouvement continuel. Marcher pour se nourrir.

  • Vivre en groupe et établir une hiérarchie propre au groupe.

Comment s’organise-t-il?

Le principe du PP est de construire un circuit, souvent autours d’une pâture, à l’aide de clôtures.


Les sentiers, plus ou moins larges selon le nombre de chevaux, ainsi créés seront de diverses textures afin de reproduire les différents terrains que les chevaux traversent en milieu naturel. Le long de ces chemins seront placés plusieurs points de nourriture, ce qui oblige les chevaux à se déplacer d’un point de nourriture à un autre. Le point d’eau sera éloigné des points de nourritures ayant toujours pour objectif d’obliger les chevaux à marcher afin d’accéder aux différentes ressources comme ils le font en milieu naturel. Il est possible de disposer des espaces plus larges avec intérêts divers tels qu’abris, repos, jeu, baignade. Plus le circuit utilise les ressources naturelles, plus les chevaux peuvent interagir avec leur environnement.


La seule limite au « Paddock Paradise », dans le respect des principes énoncés ici : votre imagination!

Les avantages du PP sont :
  • Favorise un style de vie naturel dans un milieu domestique.

  • Stimule le mouvement naturel du cheval. Améliore la circulation sanguine, régule l’usure et la croissance des sabots.

  • Favorise son besoin d’alimentation variée et en continu (alternance foin-pâture).

  • Favorise un comportement naturel en vivant en groupe.

  • Permet au cheval d’interagir avec son environnement.

  • Système pouvant s’adapter aussi bien à de petite surface qu’à de grands domaines.

À l’usage, il n’y a pas d’inconvénient notable à utiliser un PP, et les coûts seront plus ou moins similaires à une installation traditionnelle, juste investis différemment.

Pourquoi certains propriétaires décident-ils de passer à une installation « Paddock Paradise »? Suite à un sondage réalisé récemment (*), la raison souvent évoquée est que leurs chevaux souffraient de fourbure, parfois très sévères. D’autres voulaient éliminer le ferrage et passer pied-nus, et pour certains c’était le risque d’obésité dû à une vie en pâturage. Le résultat le plus intéressant est que tous ont affirmé que ces problèmes ont été résolus en permettant à leurs chevaux d’évoluer dans une installation de « Paddock Paradise » Ils ont également constaté que les chevaux souffraient moins de pourriture de fourchette et étaient en meilleure santé. Enfin les propriétaires de PP sont unanimes, pour rien au monde ils ne reviendraient en arrière.


Voici un lien ou le concept de « Paddock Paradise » est très bien mis en valeur :

Il vous est possible de visionner d’autres exemples de PP, en naviguant sur « YouTube ».

Conclusion

En conclusion, le cheval est un animal sensible, curieux, peureux, ayant des besoins spécifiques dû à son espèce. Malheureusement la vie de certains chevaux domestiques, telle qu’énumérée au début de cet article, prouve, études scientifiques à l’appui, que le cheval démontre une souffrance réelle lorsque ses besoins physiologiques & psychologiques ne sont pas respectés.

De par sa conception, le « Paddock Paradise » répond à ces besoins et est ainsi une vraie solution pour apporter au cheval bien-être physique et physiologique en lui procurant une vie naturelle dans un monde domestique.


Bonne lecture – ©Corinne Poupet, diplomée en massothérapie équine, a étudié les sciences équines de l’Université de Guelph - Ontario


Références:

1. Farrier, Jaime Jackson -. Paddock Paradise, A guide to Natural Horse Boarding. 2015.

2. M.Hausberger, Directrice de recherches au CNRS,Laboratoire d'Ethologie de l'université de Rennes 1; Clémence Lesimple – Docteur en éthologie de l'université de Rennes 1,spécialiste du bien-être. Mieux connaître le cheval pour assurer bien-être & sécurité.

3. Ministère de l'agriculture, de l'alimentation & des affaires rurales de l'Ontario. Structure et fonction du système digestif des chevaux. www.omafra.gov.on.ca.

4. Practioners, AAEP - American Association of Equine. https://aaep.org/


* L’auteure de cet article a réalisé un sondage auprès des membres de groupes de discussion sur les PP en janvier 2018.


Créé avec  Wix.com